Abd Rabu Mansour Al Hadi, futur Président du Yémen

En cuisine, les haricots rouges sautent dans la casserole. La pâte à pain gondole à sous l’action de la chaleur du feu de bois. Il est 20h10. Ce soir Ali fait le plein. A la tête d’une des plus populaire gargote du vieux Sanaa, il est habitué à l’affluence. C’est donc sans scrupule qu’il délaisse un instant les estomacs qui gargouillent pour une tâche de la plus haute importance.  Il a décidé de remplacer le portrait de son ex-Président par celui de son successeur Abd al-Rabo Mansur al-Hadi. Cela faisait vingt-cinq que la moustache et les lunettes de soleil d’Ali Abdullah Saleh accueillaient ses clients.  Des voix s’élèvent. On crie au scandale.

Abd al-Rabo Mansur al-Hadi ne fait pas encore l’unanimité au Yémen. Il faut dire qu’il n’a pas été choisi par le peuple, mais imposé.  Sa participation à la présidentielle intervient suite à la signature du plan du Golfe par Ali Abdullah Saleh le 23 novembre 2011. Le document prévoit la tenue d’élections trois mois après la signature, avec un candidat unique pour l’opposition et le régime, Abd al-Rabo Mansur al-Hadi.  Ces conditions ont entravé la participation d’autre candidat au scrutin. Hadi concourt face à lui même pour des élections qui au final n’en sont pas vraiment.

QUI EST-IL ?

Les Yéménites connaissent très peu ce politicien au crâne dégarni. Il occupe depuis 1994 le poste de vice-président, mais il n’a jamais joué un rôle politique important avant qu’Ali Abdallah Saleh ne soit blessé, en juin, dans un attentat et ne se rende en Arabie saoudite pour se faire soigner.

Comme son prédécesseur, c’est un militaire de carrière. Né le 1er  mai 1945 dans le village de Dhakin, dans la province sudiste d’Abyane, où le réseau d’Al-Qaida est aujourd’hui fortement implanté, il est diplômé de l’école militaire d’officiers du Yémen du Sud en 1964. Il suit ensuite un cycle de formation militaire en Grande-Bretagne, dans la prestigieuse académie militaire de Sandhurst, puis une formation spécialisée dans les armes blindées au Caire jusqu’en 1970.

Il continue à gravir les échelons dans l’armée sous la République démocratique et populaire du Yémen (sud), seul État marxiste arabe qui avait des liens étroits avec l’Union soviétique. En 1976, il bénéficie d’une formation de commandement et d’état-major en Union soviétique, qui dure quatre ans, et fait ensuite partie de commissions d’achat d’armes à l’URSS.

Durant la guerre civile de 1994 entre le Nord et le Sud, Hadi se range du côté des « zumras ». Ce terme arabe désigne le groupe de Yéménites du Sud qui ont soutenu Ali Abdallah Saleh contre les socialistes séparatistes. Il est nommé ministre de la défense en mai 1994, puis, le 4 octobre 1994, il est nommé vice-président par le président Saleh qui, issu lui-même du Nord, a besoin d’un numéro deux méridional pour renforcer l’unité du pays.

Sans base populaire ou tribale, il s’est cependant révélé un homme de consensus. Secrétaire général du Congrès populaire général (CPG, parti au pouvoir), il a contribué à convaincre le président Saleh de signer en novembre l’accord de sortie de crise en vertu duquel il deviendra aujourd’hui président pour une période intérimaire de deux ans.

SUR QUELS SOUTIENS PEUT-IL COMPTER ?

Si, autrefois, ses origines ont fait sa force, aujourd’hui elles pourraient bien devenir sa faiblesse. « En tant qu’homme du Sud, Abd Al  Rabo possède peu d’alliés politiques au Nord. Il est donc fort probable qu’il subisse de fortes pressions des élites nordistes, qui peuvent faire jouer leur expérience politique des dernières années. Isolé du pouvoir par ses supérieurs, Hadi, lui, n’en a aucune ! », explique le politologue yéménite Abdul Ghany Al Iryani.

Un point qui n’inquiète guère les opposants au régime de Saleh. Au contraire. « Même si c’est un homme du régime, il est moins responsable des problèmes du pays et est moins corrompu que les autres », estime Abdul Wahab sous sa tente de la place du Changement, le campement des révolutionnaires à Sanaa.

CHARLOTTE VELUT, à Sanaa

Le Yémen vote en image

Lendemain d’élection présidentielle: A quoi s’attendent les Yéménites maintenant ?

Ecriture d’une nouvelle Constitution, création d’emploi, amélioration de l’éducation, éradication de la corruption, les tâches qui attendent Abed Rabbo Mansour Hadi sont nombreuses. Ces élections les Yéménites les voient comme « l’entrée dans un nouveau Yémen ».

Du nouveau avec de l’ancien, car si Ali Abdallah Saleh passe son titre de président à Hadi on ne peut pas encore parler de fin de l’ère Saleh. Dans son derniers discours à la nation yéménite, il a expliqué qu’il restait à la tête du parti du Congrès général du peuple.

Par ailleurs, son fils et trois de ses neveux conservent des postes clés de l’armée : garde républicaine et présidentielle, unité antiterroriste, service de renseignement. De plus de la moitié des ministères du gouvernement de transition sont entre les mains d’anciens membres du régime. Tout comme le pays, Abed Rabbo Mansour Hadi, le successeur de Saleh a passé ses quinze dernières années à ses côtés, occupant le poste de vice-président.

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Pour comprendre

Pourquoi un seul candidat?

La participation de Abd rabu mansur Hadi à la Présidentielle fait suite la signature du plan du Golfe par Ali Abdullah Saleh le 23 novembre dernier.  Ce document prévoyait des élections dans un délai de trois mois avec un candidat unique pour l’opposition et le régime.

Ces conditions ont entravé l’inscription d’autre prétendant au scrutin. Hadi concourt donc face à lui même pour des élections qui au final n’en sont pas vraiment.  Les Yéménites parlent d’avantage de compromis, de geste citoyen, de « oui » pour le changement.

La fin de l’ère Saleh?

Le propriétaire prend congé mais les gardiens veillent. Dans les prochains jours, Ali Abdullah Saleh devrait remettre les clés du Palais Présidentiel à son successeur Abd Rabu Mansur Hadi… cependant on ne peut pas encore parler de fin de l’ère Saleh.

Son fils et trois de ses neveux conservent des postes clés de l’armée : Garde Républicaine et Présidentielle, Unité antiterroriste, service de renseignement. Plus de la moitié des Ministères du gouvernement de transition sont entre les mains d’ancien membre du régime. Tout comme le pays… Abd Rabu Mansur Hadi, le successeur de Saleh a passé ses quinze dernières années à ses côtés, occupant le poste de Vice Président.

Avant de quitter le Yémen pour raison médicale le mois dernier, Ali Abdullah Saleh a précisé dans un discours à la nation yéménite qu’il restait à la tête du parti politique du Congrès général du peuple. Juste avant de monter dans son avion, il glissait un « je reviendrai »

Au Yémen, Hanan et Bushra rêvent d’aller au café

  • Deux jeunes femmes du Yémen expliquent comment les codes sociaux entravent leur liberté de mouvement.
  • La contestation politique contre le président Saleh n’a pas brisé les barrières entre hommes et femmes.

Dans un pavillon non loin du centre-ville de la capitale yéménite, la famille Al Kibsi se retrouve autour d’un thé. Le père et trois de ses filles débattent du nouveau gouvernement qui vient de prêter serment. Une scène singulière au Yémen, où la culture de la discussion entre parents et enfants se confine aux foyers les plus libéraux. « J’ai toujours posé des questions et j’ai eu la chance d’avoir toujours des réponses »,reconnaît Hanan, la rebelle de la fratrie.

Pour cette jeune femme de 28 ans, la révolution n’a pas commencé en 2011, mais quinze ans auparavant. À l’époque, après une dizaine d’années passées en Italie pour le travail de son père, elle rentre vivre au Yémen. Mais pour elle, pas question de changer son mode de vie. Elle refuse de porter le niqab, un voile qui laisse entrevoir seulement les yeux, porté par 90 % des femmes yéménites. Elle continue de sortir dans les cafés après le travail, bien qu’au Yémen ces lieux, où se mélangent femmes et hommes, étrangers et Yéménites, soient perçus comme décadents par de nombreux parents.

« En refusant de m’adapter à la société yéménite, j’ai été rejetée par mes sœurs et mes parents. Mais, depuis quelques mois, je remarque que ma famille me comprend mieux, car elle a découvert que d’autres Yéménites sont comme moi. La révolution a allégé la honte que je représente pour mes proches. » Dans ce foyer, les mutations semblent pour le moment intervenir d’avantage au niveau personnel.

« LA RÉVOLUTION NE FAIT QUE COMMENCER, ELLE VA DURER DES ANNÉES »

« Les relations au sein de la famille n’ont pas évolué », affirme Abdullah, le père de Hanan. Du reste, c’est à l’écart que se livre Bushra, une des sœurs cadettes de Hanan. Elle rêvait de rejoindre les manifestants.

« Ils exprimaient tout haut ce que j’avais en moi depuis des années,raconte-t-elle. Un jour, lorsque les images du défilé des femmes à Sanaa sont apparues à la télévision, j’ai demandé à mon père de me laisser y participer. Il était d’accord, mais à condition de m’accompagner. Nous n’en avons jamais reparlé. Je n’ai pas osé lui reposer la question pour ne pas l’embarrasser. Les codes au sein de la famille restent les mêmes, les images de femmes dans les rues et même la figure de Tawakul Karman(NDLR : l’une des trois femmes prix Nobel de la paix 2011) n’ont pas encore modifié les comportements. »

Dans les foyers yéménites, comme dans la société, si les mentalités s’ouvrent, des frontières persistent. « Une femme ne peut toujours pas courir dans les rues ! », s’exclame Hanan, qui, un jour, a dû accélérer le pas pour fuir un chien. Elle a été sifflée. « Dans notre société, c’est ayb (honteux) qu’une femme se fasse remarquer en public », poursuit-elle.

Pour les sœurs Al Kibsi, le vrai changement au sein de leur famille interviendra quand leur père acceptera qu’elles invitent un ami garçon chez elles ou lorsqu’elles pourront se rendre dans un café ou un centre commercial sans demander la permission. « La révolution ne fait que commencer, elle va durer des années », assure Bushra, les yeux pétillants d’espoir.

 

CHARLOTTE VELUT, à Sanaa

Un nouveau gouvernement pour le Yémen

Au Yémen le nouveau gouvernement vient de prêter serment. Sa formation est la première étape concrète du plan du Golfe signé par Ali Abdullah Saleh le 23 novembre dernier. Le nouveau cabinet doit rester en place jusqu’au prochaines élections présidentielles prévues le 21 février prochain. Le nouveau Président élu choisira ensuite de conserver ou modifier sa composition

Pour la troisième fois de son histoire, le Yémen dispose d’un gouvernement divisé entre le parti au pouvoir et ceux de l’opposition.Les deux précédentes expériences remontent à 1990, et 1994, soit avant et après l’Unification du pays. Deux expériences pas vraiment couronnées de réussite… Si bien que le nouveau gouvernement fait de nombreux sceptiques.

Parmi eux, l’ancien ministre des télécommunications. Lui a assisté à répartition des ministères entre le régime et l’opposition : « Ca s’est décidé à pile ou face en lançant une pièce. En coulisse, personne ne semble prendre le dossier au sérieux » confesse-t-il.

Avec près de la moitié des ministres du parti au pouvoir reconduits à leur poste, le régime joue au jeu des chaises musicales. Quand à l’opposition, elle est vivement critiquée par les manifestants pour le manque d’indépendants parmi ses ministres.

La principale interrogation à présent : les deux partis vont être capable de collaborer ? L’harmonie et l’efficacité du nouveau cabinet dépendront notamment de son chef Mohamed Salem Bassindwa.

La semaine dernière, les déclarations du Premier Ministre ne se sont pas vraiment montrées encourageantes ; celui ci annonçant qu’il n’assumera pas la responsabilité pour les éventuelles erreurs de son gouvernement puisqu’il n’a pas pu choisir ses ministres.

 

Pourquoi les violences continuent-elles au Yémen?

Au Yémen, un nouveau gouvernement vient d’être formé. Divisé à parts égales entre le parti au pouvoir et ceux de l’opposition, il devrait être en place pour une période de deux ans. La redistribution des ministère intervient après la signature du plan du Golfe par le Président yéménite Ali Abdullah Saleh le 23 novembre dernier. Un plan selon lequel il s’engage à quitter le pouvoir d’ici moins de trois mois. En dépit de l’accord, les violences se poursuivent dans la capitale et le reste du pays. Dans la ville de Taez au centre du pays, au moins vingt personnes ont trouvé la mort la semaine dernière.

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Yémen: Le calme avant la tempête?

Au moins dix-neuf personnes ont péri au cours des quatre derniers jours dans la ville de Taez, au sud de la capitale yéménite. Les heurts opposent les forces du régime et des combattants tribaux qui supportent l’opposition. Vendredi, le vice-président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi a ordonné un cessez-le-feu et le retrait des soldats et des milices de Taez, en vain. Ces violences fragilisent la mise en application du plan du Golfe signé le 23 novembre dernier par le président yéménite Ali Abdullah Saleh. La feuille de route du Golfe prévoit sa démission le 21 février 2012, date de la prochaine élection présidentielle.

Avec notre correspondante à Sanaa, Charlotte Velut 

Retrouver ce sujet sur le site internet de RFI.

Yémen : Sanaa, patrimoine mondial de l’Unesco, victime de la révolution

Pour la première fois depuis la domination de l’empire ottoman sur le Yémen, la vieille ville de Sanaa a été la cible d’attaques. Au cours des deux dernières semaines, une dizaine de demeures ont été endommagées. La cité, qui compte des bâtiments remontant avant le XIe siècle, est une victime collatérale du conflit entre les milices armées de l’opposition et l’armée yéménite, dans le quartier voisin de Hassaba. Ces détériorations s’ajoutent à la dégradation accélérée depuis le début de la révolte populaire des maisons du cœur historique. Classé patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986, le site pourrait ainsi perdre son titre si aucune action n’est entreprise rapidement.

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Les trois humanitaires français, enlevés fin mai au Yémen, ont été libérés

La présidence de la République a annoncé lundi 14 novembre un peu après minuit que les trois Français, kidnappés à Seyoun, au Yémen, en mai dernier, ont retrouvé la liberté. Ils seraient en bonne santé, selon une source locale. Après ces libérations, il reste cinq Français retenus en otage dans le monde, l’un enlevé en Somalie, les quatre autres au Niger.

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Au Yémen, les manifestants appellent au départ du président et de l’opposition

Des combats entre la Garde républicaine yéménite et une milice tribale au Yémen ont fait 9 morts et 23 blessés ce vendredi 11 novembre à Taëz. Des combats qui interviennent alors qu’un émissaire de l’ONU venait d’arriver à Sanaa pour tenter à nouveau de convaincre le chef de l’Etat, au pouvoir depuis 33 ans, de se retirer dans le cadre du plan proposé par le Conseil de coopération du Golfe (CCG). A trois reprises, Ali Abdallah Saleh a refusé de le ratifier au dernier moment. Sur place, de plus en plus de Yéménites appellent au départ du régime et de l’opposition.

Avec notre correspondante à Sanaa, Charlotte Velut https://charlottevelut.files.wordpress.com/2011/11/rfi-yemen-appel-au-dc3a9part.mp3

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Crise yéménite : tout le monde traîne les pieds

Le 21 octobre 2011, pour la première fois depuis 1994, les Nations unies ont adopté une résolution sur le Yémen encourageant Ali Abdullah Saleh à signer le plan du Conseil de coopération du Golfe. Cette feuille de route, déjà signée par l’opposition politique et le parti présidentiel, doit être paraphée par le président pour être appliquée. Pendant des mois celui-ci a refusé de signer. Depuis quelques semaines, il multiplie les propositions à l’égard de l’opposition.

Avec notre correspondante à SanaaCharlotte Velut

EXTRAIT DE LA RÉSOLUTION 2014 DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DU 21 OCTOBRE 2011.

 » Le Conseil de sécurité appelle toutes les parties à signer et mettre en place les propositions du Conseil de coopération des 6 nations du Golfe, qui exposent les grandes lignes pour une transition pacifique, complète, ordonnée et menée par les Yéménites du pouvoir du président Ali Abdullah Saleh, qui dirige le Yémen depuis 1978. »