GRAND REPORTAGE Une journée dans le Sanaa en guerre


Depuis la mi-octobre 2011, un affrontement militaire se déroule dans les quartiers nord de la capitale yéménite entre l’armée yéménite et des combattants tribaux loyaux au Sheikh Sadeek al-Ahmar l’un des principaux soutiens de la révolution de la jeunesse. Ces combats ont entrainé la fuite de centaine des familles dans d’autres quartiers de la capitale et ont causé la mort d’au moins quarante riverains d’après une source hospitalière.

De notre correspondante à Sanaa Charlotte Velut

Les mains tremblantes, Abdul Karim expose ses dernières trouvailles. Pour les récolter, il n’a pas été bien loin. Les projectiles sont arrivés lundi midi au milieu de son salon alors qu’il était en train de déjeuner avec sa famille. Collecter les balles perdues est devenu le nouveau jeu des enfants des quartiers nord de Sana
Le bâtiment se trouve en face de l’ancienne maison d’Ali Abdullah Saleh dont la loge a été transformée en centre de commandement des opérations de l’armée yéménite pour Hassaba et ses environs. Ici les ordres arrivent directement du palais présidentiel. Un lieu stratégique qui constitue donc une cible privilégiée par l’opposition. « Les rebelles viennent de cette rue et tirent sur nous », explique le commandant Nayeb à l’abri derrière une barricade de sacs de sable.Depuis la mi-octobre, cette zone est le lieu de violents affrontements entre le régime et ses opposants. Ici pas de révolution pacifique mais un vrai conflit militaire comme en témoigne le mur de l’école du frère d’Abdul Karim. Sur la façade ouest des trous de différentes ampleurs.

Dans la salle opérative, une baguette métallique dans la main droite et une carte géante des quartiers nord de Sanaa à l’appui, il décrypte la stratégie de l’opposition : « A l’intérieur de la ligne bleue ici il y a le marché au gros de vêtements, de légumes et de fruits, là le ministère de l’Intérieur, à côté la route de l’aéroport, la chambre de commerce, les ministères de la santé et de l’information. Les rebelles essaient de s’emparer de ces endroits, lorsqu’ils rentrent on les en empêche. On est en position défensive, en tant qu’armée on protège nos intérêts ».

Côté opposition, le discours est similaire. Rencontrer ceux qui se battent contre l’armée yéménite n’est pas compliqué. Ces guerriers sont les seuls occupants des rues de Hassaba. Par prudence, les riverains restent cloitrer chez eux ou ont tout simplement quitté le quartier. Dans ces rues jonchées de débris de verre et de détritus, sortir un appareil photo ou s’aventurer dans une rue sensible suffisent pour recevoir une balle.

Le Sheikh Sadek al-Ahmar est à la tête de la puissante confédération tribal Hashed. Au printemps dernier, il a quitté le parti présidentiel pour rejoindre la révolte populaire, et a appelé à la démission immédiate d’Ali Abdullah Saleh. En mai, sa maison a été bombardée par l’armée yéménite, pendant que ses hommes réduisaient en cendre le siège de la compagnie aérienne nationale, du parti présidentiel, de la télévision et de la radio d’Etat. A Hassaba, c’est bien un règlement de compte entre deux familles de l’élite qui se déroule et non une révolution. « Nous venons du village du Sheikh Sadel Al Ahmar, nous supportons la révolution, nous venons aider à gagner la guerre », explique Yahya, une kalachnikov sur l’épaule droite. « Si on nous attaque, on répond. Nous sommes avec la révolution yéménite, nous nous sommes les tribus de la révolution ! », ajoute son collègue Mohamed assis dans une tranchée de un mètre creusée dans le sol.

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