Le Yémen touché par une crise alimentaire sévère

Même si la situation est moins dramatique qu’en Afrique, au Yémen, une personne sur cinq ne mange pas à sa faim.

Ce matin dans le marché aux bêtes de Sanaa, les visages se froncent et les têtes dodelinent ; signe que les négociations sont dures. Il faut dire que, au cours des dernières semaines, les prix des cheptels ont bondi : l’équivalent de 280 € à 350 € pour une vache et de 20 € à 35 € pour une chèvre. Une augmentation importante dans un pays où le salaire moyen d’un fonctionnaire est de 100 €.

Accoudé au comptoir de l’épicerie de l’allée principale, Jamil dit que « le prix d’une bouteille d’eau a augmenté de 30 %, voire 50 % si elle est froide ». Les coupures d’électricité étant devenues courantes au Yémen, cela sous-entend en effet que le marchand utilise un générateur, et donc du pétrole pour l’alimenter.

MANQUE DE CARBURANT
Le pays traverse une des plus graves pénuries de carburant de son histoire. Comme toute denrée rare, son prix augmente. En trois mois, le litre d’essence a été multiplié par sept au marché noir, entraînant de fait une hausse du prix des transports, et donc des biens transportés, parmi lesquels la nourriture.

« Les prix de l’alimentation ont crû de 40 %, si bien que certaines familles ne peuvent plus acheter que 60 % de ce qu’elles pouvaient acheter il y a cinq mois ; et il est impossible de compter sur les terres du pays pour s’alimenter, car le Yémen produit seulement 15 % de ses besoins, soit de quoi nourrir 4 millions de personnes », explique Abdul-Ghani Al Iryani, un analyste politique et sociologue à Sanaa.

Pour satisfaire les besoins de ses 20 millions d’autres concitoyens, le pays importe donc de 70 % à 90 % de ses besoins, notamment en céréales. Or le cours des denrées alimentaires au niveau mondial est en hausse. D’après la Banque mondiale, le prix des huiles alimentaires a augmenté de 73 % depuis janvier 2010, celui du blé a presque doublé en un an.

CONSÉQUENCES DE LA HAUSSE DES PRIX MONDIAUX
« La moindre variation des prix au niveau international a un impact direct sur les différentes couches de la population, surtout dans un pays où la sécurité alimentaire et la malnutrition sont des problématiques aiguës depuis des années », expose Giancarlo Cirri, ancien responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) au Yémen.

L’impact est d’autant plus important pour les 3,8 millions de Yéménites recensés par le PAM en situation d’insécurité alimentaire sévère, c’est-à-dire qui ne mangent pas à leur faim.

LES ZONES RURALES PLUS TOUCHÉES
« Le Yémen est confronté à la plus grave crise humanitaire de cette décennie, caractérisée pas une crise alimentaire sévère. Nos programmes nous permettent de toucher aujourd’hui 800 000 personnes, notre but est de fournir un complément alimentaire à 1 800 000 mais il nous manque 23 millions d’euros. Une mère de famille a confié à une de mes équipes que ses enfants pleurent de faim et qu’elle n’a pas d’autre choix que de les laisser pleurer jusqu’à ce qu’ils s’endorment d’épuisement », résume Giancarlo Cirri.

Pour mesurer l’urgence, le PAM vient de mener un sondage en zone rurale, la plus vulnérable au Yémen. Dans quatre gouvernorats – Rayma, Amran, Hajja et Ibb –, les enquêteurs ont observé que certaines familles doivent choisir entre nourrir les enfants ou prodiguer des soins de santé, d’autres sautent des repas ou sont contraintes de liquider leurs biens.

Charlotte VELUT, à Sanaa

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