Des milliers de Yéménites fuient les combats du Sud

La province d’Abyan, dans le sud du Yémen, est secouée par des affrontements entre l’armée et des groupes armés, dont certains sont soupçonnés d’être liés à Al-Qaida.

Près de 95 % des habitants de Zinjibar, la capitale de la province, et de ses environs ont quitté leurs foyers.

L’enfant aux allures de petit « Einstein » s’appelle Abdullah. Début juin, le garçon jouait dans la rue lorsqu’un obus a blessé mortellement un homme sous ses yeux. « Depuis cet événement, il a perdu la tête, déplore son père. Il n’écoute plus, ne se concentre plus et ne parle plus. » Dans la clinique de fortune de l’école Rawda, où sont logés temporairement Abdullah et sa famille, le docteur Majed explique que « beaucoup de déplacés souffrent de traumatismes psychologiques ».

Il faut dire que les dernières semaines ont été agitées pour les habitants de la province d’Abyan. Le 29 mai, le gouvernement yéménite rapportait que des insurgés d’Al-Qaida s’étaient emparés de Zinjibar, la capitale de la région.

Des bombardements incessants

En réponse à cette attaque, les forces de sécurité du pays ont entamé une série de bombardements sur la ville et ses environs. « Nous sommes dans une situation d’urgence, alerte Bachir Ahmed Khan, responsable du HCR à Aden, où 15 000 personnes ont trouvé refuge. Quarante-quatre écoles ont été réquisitionnées. Un nombre équivalent de personnes ont fui dans la région voisine de Lahj et quelques milliers sont partis vers l’est de Zinjibar, qui demeure inaccessible », poursuit-il.

Vendredi dernier, le HCR a tenté d’envoyer deux camions de nourriture en direction de la ville d’Ahouar, à l’est de Zinjibar, mais le convoi a été attaqué par des groupes armés. Par mesure de sécurité, l’armée yéménite empêche les étrangers de se rendre dans la zone turbulente. Seuls les témoignages des déplacés permettent de se faire une idée de la situation.

Sortir à tout prix d’Abyan

Le regard attendri tourné vers « ses femmes » accroupies autour d’une galette de pain et d’une assiette de haricots rouges, Abdul Fatha raconte : « Je ne pouvais plus laisser ma mère, ma femme et mes sœurs dans cette situation. Nous étions enfermés sans nourriture, eau ou électricité ; le bruit des bombes dans les oreilles. »

Pour sortir d’Abyan sans prendre trop de risque, mieux vaut effectuer le trajet entre 6 heures et 8 heures ou entre 16 heures et 18 heures. Lui a choisi l’option matinale le 1er  juin dernier. Ses économies lui ont permis de louer une voiture, un service qui, à cause de la pénurie de pétrole qui sévit au Yémen, revient à près de 35 €. Une somme importante dans un pays où la moitié de la population vit avec moins de 2 € par jour.

La jeunesse fait face à l’armée

« Certains affirment que le conflit oppose Al-Qaida et l’armée yéménite, d’autres que cela se passe au sein même de l’armée yéménite. Je ne sais pas, je ne les ai jamais vus », ajoute Abdul Fatha. Sur la trentaine de déplacés interrogés, moins de cinq ont pu apercevoir les combattants. Ils évoquent des jeunes gens à la barbe longue, parlant dans un dialecte yéménite, saoudien, syrien, pakistanais ou égyptien.

Le gouvernement du Yémen les identifie comme membres d’Al-Qaida dans la péninsule arabique, la filière yéménite du mouvement terroriste. Les habitants d’Abyan interrogés n’ont pas entendu ces insurgés se revendiquer de l’organisation d’Oussama Ben Laden.

Al-Qaida présent dans la province d’Abyan ?

Leurs discours laissent plutôt penser à un mélange de mercenaires et de militants islamistes, parmi lesquels pourraient se trouver quelques éléments d’Al-Qaida. Fateh Mohamed Abdula est un des rares à avoir pu parler directement à l’un d’eux. « Il venait des Émirats, et il m’a demandé pourquoi je ne voulais pas l’aider à faire appliquer la charia, la loi islamique. Il m’a dit que je ne devais pas avoir peur de lui et il m’a proposé de me donner de l’argent et une voiture de luxe », relate-t-il.

CHARLOTTE VELUT, à Aden

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