Instantanés d’Erythrée

Des clichés glanés au cours de mon périple de trois semaines à travers l’Érythrée, une façon de donner une idée de ce pays coupé du reste du monde.

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Pourquoi nous voulons fuir l’Érythrée.

Il y a deux ans, j’ai réussi à pénétrer les frontières de l’Érythrée, pourtant fermées aux journalistes. J’ai ainsi pu recueillir les témoignages d’une population lasse et résignée, qui rêve de liberté sans toutefois y croire.

Des témoignages rares, car peu de personnes osent se livrer.Celles qui le font espèrent que leurs paroles contribueront à éclairer le monde sur les conditions de vie en Érythrée. Afin de protéger mes interlocuteurs, j’omets tous détails sur leur identité.

Pourquoi y a-t-il tant de personnes qui quittent l’Érythrée ?

Il y a un flux incontrôlé de jeunes qui traversent illégalement la frontière avec le Soudan, car on ne peut pas quitter librement notre pays. Près de 80 % de la population n’a pas de passeport. Il est très difficile d’en obtenir un, il faut connaître des personnes hautes placées. L’explication officielle est que notre pays est toujours dans un état de guerre avec l’Ethiopie, et donc a besoin de bras si jamais un conflit se déclenche.

Donc la population est comme prisonnière de l’Etat, au service de l’armée pour une durée indéterminée ?

Oui. Le service militaire est obligatoire pour tous les citoyens de dix-huit ans ou plus. À la fin de celui-ci, il y a un examen à passer. Si tu réussis, tu peux faire des études supérieures et si tu rates, tu dois rester avec l’armée pour un travail sur le terrain ou administratif. Dans les deux cas, l’armée te considère comme un des leurs. Seules les personnes avec un problème de santé ou en contact avec le gouvernement peuvent obtenir une dispense de l’armée. Seul ce papier peut te permettre d’obtenir un passeport.

Comment la population vit-elle cette situation ?

On parle de cette situation entre nous, on rêve de faire changer les choses, mais personne n’ose élever sa voix. Il est très difficile de former un parti d’opposition nos téléphones sont contrôlés, les textos vers l’étranger interdits, et internet quasi-inutilisable. On ne sait pas qui croire, un de mes amis peut très bien être un espion du gouvernement donc je ne parle jamais de politique, je garde mes commentaires sur le gouvernement pour moi et je fais profil bas. Le gouvernement contrôle notre peur, certains de mes amis ont été envoyés en prison, et d’autre ont tout simplement disparu pour avoir exprimer leur opinion. Au lieu de prendre le risque de perdre la vie, les gens préfèrent garder un profil bas et vivre.

Comment quitter le pays ?

La plupart des gens fuient vers le Soudan et traversent la frontière illégalement. Le prix à payer est environ de cinq mille dollars américains. Depuis la capitale Asmara, cela prend deux jours de voyage. Si les soldats t’attrapent, c’est la prison et une amende. La plupart des familles économisent pour envoyer un de leur membre à l’extérieur, afin que ce dernier supporte financièrement la famille. J’ai payé pour mon frère par exemple. Après avoir étudié la médecine ici, il est parti pour le Soudan. Il y avait trop réfugiés là-bas, donc il ne trouver pas de travail, il y est reste un an, et maintenant il est en Angola. Il gagne assez d’argent pour se financer et dans quelques mois, il sera capable de nous envoyer de l’argent.

Pourquoi la diaspora est-elle si importante pour les Erythréens ?

Avec un salaire moyen de moins de cent euros par mois, la plupart des gens ne disposent pas d’assez de moyens pour vivre. L’argent qu’envoie les expatriés constitue dans bien des cas notre principal revenu. Le taux de change est bon donc cela nous permet de manger à notre faim, car la nourriture sponsorisée par le gouvernement ne suffit pas.

La population est encore soumise au rationnement alimentaire en Erythrée, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?

Pour contrôler le gaspillage ou la mauvaise utilisation des biens, le gouvernement donne à chaque citoyen des coupons qui permettent d’acheter une certaine quantité de nourriture. Ils sont annuels et basés sur la taille de chaque famille. Celles-ci sont assignées à un magasin de quartier et peuvent s’y approvisionner en bien de première nécessité pour un coût très inferieur à celui du marché. Par exemple un kilo de sucre sur le marché coute 50nkf, avec le coupon c’est seulement vingt Nakfa, le pain y est lui trente fois plus cher. Le rationnement est en principe une bonne chose, mais le souci est que les quantités sont insuffisantes, et les gens se plainent. On préfèrerait que le gouvernement ne nous donne rien, mais crée des emplois.

Y a-t-il beaucoup de chômage en Erythrée ?

Énormément. Nous avons une seule université dans le pays et elle est fermée, car les gens commencent à devenir intelligents ! Le gouvernement a ouvert des écoles spécialisées à la place dont les diplômes ne sont pas reconnus à l’international. La différence entre l’université et ces écoles est la profondeur de l’éducation. Ces dernières ne nous apprennent pas vraiment un métier mais nous donnent une idée de ce que c’est. Ainsi, la plupart des érythréens sont agriculteurs, une minorité travaille pour le gouvernement et quelques personnes ont leur propre entreprise. C’est très difficile, car le gouvernement contrôle votre activité.  

Voici d’autres extraits de conversation tenue à travers mon périple dans le pays.

« Quatre-vingt-dix pourcents des gens n’ont pas de sourire sur le visage. La plupart d’entre eux ici n’ont rien à faire de toute la journée. Il n’y a pas d’opportunité, comment peut-on travailler ? Nous sommes sous un régime militaire. »

« Mon plus grand désir est de sortir d’ici. J’ai envie que ma vie ait une signification, mais ici on n’a pas d’opportunité. Les gens sont frustrés, mais ils ne peuvent rien faire, car on ne peut pas se rassembler. »

« Quand je pourrai voyager, j’essaierai le saut à l’élastique, le parachute, les grands huit. »

«  J’essaie de décrocher mon diplôme en mathématique même si je sais très bien qu’il n’y a pas de travail pour les mathématiciens aujourd’hui en Érythrée, mais ça me maintient occupé. Tous les jeunes sont confrontés au même problème, nous étudions ce qui nous fait plaisir et ensuite, la plupart d’entre nous sont assignés à un métier de professeur. »

Propos recueillis par Charlotte Velut au printemps 2012 à Asmara, Keren et Massawa.

 

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ELLE parle de mon livre !

Voici l’article paru dans l’édition Moyen Orient de ELLE à propos de la sortie de mon livre sur le Yémen.

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LE YÉMEN AU DELÀ DE LA RÉVOLTE VIENT DE PARAÎTRE

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie de mon livre sur le Yémen aux Editions du Cygne. Je posterai prochainement quelques extraits sur ce blog. Bonne lecture !

Que sait-on du Yémen ? À l’instar de l’Égypte, la Libye ou la Syrie, cette nation arabe a été secouée par le vent de colère venu de Tunisie en 2011. Mais avant cet événement combien d’entre nous auraient été capables de localiser ce pays ou même évoquer le nom de son Président ? Un peuple qui crie, qui saigne. Un régime qui réprime. C’est à peu près tout ce que l’on en a vu.

En 2011 le Yémen s’est révolté mais n’a pas fait sa révolution. Il l’a tout juste initiée, et fort à parier qu’elle se poursuivra dans les années à venir. Dans la famille des « révoltes arabes » le Yémen sem- blait une carte parmi d’autres. Pourtant ce territoire du bout de la Péninsule Arabique ne peut se résumer qu’à ces images agressives.

L’idée de cet ouvrage est de tenter de comprendre le soulèvement populaire yéménite en le contextualisant. C’est un livre de « terrain » mêlant observations et entretiens collectés par l’une des très rares journalistes étrangères résidant à Sanaa. En choisissant des thèmes peu écumés, l’auteure dresse, à travers son témoignage, le portrait d’un Yémen multi-facettes dépassant ainsi les clichés dont souffrent bien trop souvent l’Arabie Heureuse.

Charlotte VELUT est basée à Sanaa au Yémen depuis novembre 2010 où elle couvre l’actualité entre autre pour RFI, Radio France, La Croix, Arte. Avant de s’installer au Yémen, cette journaliste de 25 ans y avait effectué plusieurs reportages, lui permettant d’explorer l’ensemble du territoire et de se familiariser à ses problématiques. Son approche du pays est également enrichie par sa connaissance d’autres nations arabes. Avant de se baser à Sanaa, elle a travaillé pendant deux ans et demi depuis Damas en Syrie, utilisant ce pays comme base pour partir en reportage à travers le Moyen-Orient (Iran, Liban, Jordanie, Émirats). 

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Éditions du Cygne
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Le Yémen : au-delà de la révolte de Charlotte VELUT

118 pages au format 14 x 21 cm broché ISBN : 978-2-84924-285-8 – 13,00 euros

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Yémen. Le tournant révolutionnaire.

Je vous présente le dernier ouvrage de recherche sur le Yémen paru à l’été 2012 auquel j’ai participé. Vous retrouverez en p173 un article coécrit avec Laurent Bonnefoy intitulé Tawakkul Karman : figure de la révolution, et ci-dessous un résumé du livre.

 

« Arabie Heureuse », « patrie d’origine de Ben Laden », « Royaume de la reine de Saba », « pays aux soixante millions d’armes » : les clichés sur le Yémen abondent. Le pays le plus peuplé de la péninsule Arabique, seule république de cette région du monde, ne manque pas de singularités et continue d’être l’objet tant de fantasmes que d’ignorance. Le soulèvement révolutionnaire que connaît le pays depuis janvier 2011 et qui a mis formellement fin aux 33 ans de règne d’Ali Abdallah Saleh rebat de nombreuses cartes et a favorisé l’émergence de nouvelles dynamiques. Il ne s’inscrit pas moins dans une série de processus politiques et sociaux profonds qui se sont développés au cours de la dernière décennie. La diversité des défis auxquels le Yémen est confronté, qu’ils soient politiques, économiques, démographiques ou environnementaux, tout comme la vitalité de sa société invitent à une lecture nuancée.

Dans un contexte marqué par la crise économique et la multiplication des foyers de contestation au cours de la décennie 2000, le champ politique yéménite a subi d’importantes transformations. La guerre de Saada qui oppose depuis 2004 l’armée yéménite et ses alliés aux partisans d’al-Hûthî, mais aussi le mouvement sudiste qui agite depuis 2007 les régions de l’ancien Yémen du Sud de même que l’intensification des activités liées à al-Qaïda ont constitué des sources d’insécurité croissantes pour les Yéménites, victimes de la politique répressive des autorités. Ces conflits ont aussi donné lieu à des tensions persistantes entre le gouvernement et les partis d’opposition, qui ont tenté de contrer les tendances autocratiques du régime et de se faire les porte-parole des mécontentements populaires.

Cet ouvrage s’adresse à tous les lecteurs soucieux de s’informer sur le Yémen et ses réalités, en dehors des cycles épisodiques de médiatisation stéréotypée dont ce pays fait régulièrement l’objet. À travers une approche pluridisciplinaire menée par une équipe de chercheurs en contact direct avec le terrain, il apporte des analyses et des éclairages variés sur les fractures, mutations, recompositions et dynamiques nouvelles qui caractérisent la société yéménite, engagée aujourd’hui dans un tournant révolutionnaire.

Un attentat suicide au coeur de la capitale yéménite

Entre 63 et 96 soldats ont été tués, selon différentes sources, lors d’un attentat-suicide dans la capitale yéménite Sanaa lundi 21 mai 2012. Un kamikaze en uniforme s’est fait exploser au milieu des militaires qui répétaient pour une parade, devant se tenir mardi 22 mai. Cet attentat n’a pas encore été revendiqué. Il intervient alors que l’armée est engagée depuis le 12 mai dans une offensive d’envergure contre al-Qaïda au sud du Yémen.

Avec notre correspondante à Sanaa, Charlotte Velut

Une musique festive, une explosion, des cris de panique dans les microphones. L’attentat-suicide s’est déroulé une heure après le début des répétitions pour la fête en l’honneur du 22e anniversaire de l’unification du Yémen.

En quelques minutes, les sirènes des ambulances retentissent dans la capitale. Les véhicules filent sur l’avenue Sabaeen où a eu lieu l’explosion, une artère du centre ville, voisine du palais présidentiel. Les va-et-vient des secours dureront près d’une heure et demie. Des scènes et des sons qui ravivent les souvenirs de la révolte populaire de l’an passé dans le pays.

Les soldats qui ont survécu à l’attentat, le drapeau du Yémen noué en écharpe autour du cou, ferment le périmètre à la circulation. Cet attentat, le plus meurtrier qu’ait jamais connu la capitale yéménite, montre bien la fragilité de la situation sécuritaire.

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Un travailleur humanitaire français enlevé au Yémen

 Un travailleur humanitaire de la Croix-Rouge française a été appréhendé par des hommes armés samedi soir à une trentaine de kilomètres de Hudayda, sur le bord de la mer Rouge. Pour le moment, aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité de l’enlèvement. Ce dernier porte à trois, le nombre d’étrangers actuellement retenus au Yémen par des groupes rebelles, d’origine tribale ou liés à al-Qaïda.

Avec notre correspondante à SanaaCharlotte Velut

L’ouest du Yémen, nouvelle terre de tous les dangers pour les expatriés. En un mois, deux francophones ont été enlevés dans cette partie du territoire : une professeur de langue d’origine suisse, puis à présent un Français du Comité international de la Croix-Rouge. A l’automne dernier déjà, une employée de cette organisation avait été kidnappée dans le sud du Yémen.

Une médiation tribale avait alors permis sa libération. Ce procédé avait également rendu possible, à la même période, la remise en liberté des trois travailleurs humanitaires français après plus de cinq mois de captivité.

Ce nouvel incident, dans une zone autrefois considérée comme l’une des plus sûres du pays montre, une fois de plus, la fragilité du nouveau gouvernement en place pour le moment, visiblement incapable d’assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire yéménite.

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Yémen: les étrangers de plus en plus pris pour cible

 Al Qaeda revendique la mort d’un directeur adjoint d’un institut d’enseignement de langue sur une route périphérique de la ville de Taez à près de trois cent kilomètres de la capitale Sanaa. Cet événement est le quatrième à porter atteinte aux étrangers résidents au Yémen depuis le début de l’année. Durant les trois premiers mois de 2012, trois enlèvements de non yéménites ont eu lieu à travers le Yémen.

Charlotte Velut

C’est une scène peu habituelle qui s’est déroulée au sud ouest de Sanaa dimanche matin. Un ressortissant américain a été abattu au volant de sa voiture par des individus en moto. Si les enlèvements d’étrangers sont fréquents au Yémen, les assassinats demeurent extrêmement rares.

Autre fait surprenant : la localisation de l’incident. Le directeur adjoint d’une école de langue roulait dans les environs de Taez, une zone jusqu’à présent considérée comme l’une des plus sûres du pays pour les non yéménites.

Mais la situation sécuritaire semble évoluer. En fin de semaine dernière, une enseignante suisse a été appréhendée dans sa maison à Hodeida, sur la côté ouest du Yémen. Une première dans cette cité où jamais un étranger n’a été tué ou enlevé. Elle se trouverait à présent dans la province de Shabwa, réputée  comme le bastion d’AL Qaeda au Yémen.

Yémen : Les salafistes créent un parti politique

Jusqu’à présent intégrés dans le principal parti d’opposition yéménite, al-Islah, les Salafistes ont décidé de voler de leurs propres ailes en créant un parti politique : Rashad Union. Lancé le mercredi 15 mars 2012 devant une assemblée de 500 participants, il est le dernier né d’une série de faction politique apparue suite à la révolte populaire de l’année 2011 au Yémen. En janvier dernier, al-Omah avait été lancé par les groupes chiites Houthis en conflit ouvert avec les Salafistes depuis deux ans dans le nord du Yémen.

De l’ombre ils passent à la lumière. Les salafistes ne sont, en effet pas nouveau dans le paysage politique au Yémen… Dès le début des années 1980, ils affirment leur courant de pensée ; et acceptent de collaborer avec le régime d’Ali Abdullah Saleh. L’ex Président yéménite utilise cette mouvance qui se réclame apolitique pour affaiblir ses adversaires.

Lors de la guerre civile qui suit l’unification du yémen du nord et du sud, l’alliance discrète entre saleh et les Salafistes est destinée à diminuer  les socialistes. A plusieurs reprises, à l’occasion des échéances électorales, Saleh se sert du courant Salafiste pour réduire al Islah, le principal parti de l’opposition et donc son concurrent politique le plus sérieux.

Aujourd’hui, Ali Abdullah Saleh s’est retiré de ses fonctions changeant la donne politique au Yémen. D’ici deux ans, une nouvelle élection présidentielle devrait se tenir dans le pays. Rashad Union croit en ses chances, fortement encouragée par la popularité des Salafistes en Egypte.

Les Yéménites prennent le micro

 A l’occasion de la journée des femmes, France Inter a voulu interroger des femmes Yéménites au sujet de leur droit dans leur pays. Tawakkol Karman répond au micro de Charlotte Velut

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Tawakkol Karman, prix Nobel de la paix 2011 

PRIORITE

« Le problème le plus important à régler pour les femmes au Yémen est le mariage précoce, nous allons faire une loi pour l’interdire. Ensuite il y a aussi le manque d’éducation, de service de santé,  d’approvisionnement en eau et électricité. Les femmes sont les premières touchées car elles sont les maitresses de maison. Une autre difficulté à vaincre est l’absence dans la vie politique alors qu’elle est intelligente, diplômée parfois avec de meilleurs résultats que les hommes. Les femmes yéménites vont gagner leur droit, ils seront équivalents à ceux des hommes, pas supérieurs. Tous les citoyens de ce pays doivent être égaux. »

ROLE DES FEMMES

« Avec cette révolution, le peuple s’est rendu compte que les femmes doivent faire parti de la vie publique. C’est venu par la pratique, pas par le dialogue. On a vu les femmes dans les manifestations, certaines se sont sacrifiées et sont mêmes mortes pour défendre leurs idées. Avant on ne pensait pas qu’une femme ne pouvait rien faire ! La femme yéménite a découvert qu’elle peut participer à la chute d’une dictature, alors qu’elle ne s’en croyait pas capable. Elle a réalisé qu’elle est forte, et qu’elle peut participer à la construction du futur de notre pays. »

AUX FEMMES ARABES

« J’aimerais dire au femmes arabes qu’elles ne doivent pas perdre leur position de leader  acquise en participant à ces révolutions, à ces moments historiques. Elle doit prendre en charge la résolution de problème dans son pays, dans la région et dans le monde. Les femmes vont résoudre les problèmes pour les humains, les hommes et les femmes, cela qui garantira l’égalité des droits pour tous. »


Ali Abdallah Saleh quitte officiellement le pouvoir au Yémen

 Ali Abdallah Saleh a officiellement transmis ses pouvoirs à son vice-président, Abed Rabbo Mansour Hadi, ce lundi 27 février 2012, devenant ainsi le quatrième chef d’Etat du monde arabe emporté par une révolte. Cette passation de pouvoir s’effectue en vertu de l’accord du plan du Golfe signé par Saleh en novembre dernier, qui impliquait un transfert du pouvoir dans les trois mois après l’élection présidentielle.

Avec notre correspondante à Sanaa, Charlotte Velut

Ali Abdallah Saleh remet une bannière rouge blanche et noire, les couleurs du drapeau du Yémen à Abed Rabbo Mansour Hadi. Il vient de céder son pouvoir de président.

Cette étape clé de l’accord du Golfe franchie, place à présent au dialogue national. Le grand défi du nouveau chef de l’État yéménite consiste à définir au plus vite la taille et la composition du groupe qui animera le dialogue mais aussi à définir les axes de discussions.

Parmi les autres tâches qui attendent Abed Rabbo Mansour Hadi, il y a aussi la relève de l’économie, la restructuration de l’armée ou encore le lancement de la rédaction d’une nouvelle Constitution.

Pour cela, il dispose d’un gouvernement divisé à parts égales entre les partis de l’opposition et le parti au pouvoir. Le nouveau président est membre du Congrès général du peuple, parti créé et toujours dirigé par Ali Abdallah Saleh.

Au chapitre des inchangés, on peut également mentionner le Parlement dont la composition reste exactement la même que sous Saleh, avec une majorité acquise à son parti.

Abd Rabu Mansour Hadi a été élu à la tête du Yémen avec plus de 99% des voix, le 21 février dernier. Selon le plan mis au point par les monarchies du Golfe, la démission du président Ali Abdallah Saleh devait intervenir dans un délai de trois mois après la présidentielle